lundi 22 janvier 2018

Les archives sont essentielles pour nous tous !

Un débat anime de nombreux archivistes et historiens depuis novembre-décembre à la suite de la fuite dans la presse d'un document du Ministère de la Culture, révélé par le Monde le 14 novembre 2017 [1], suggérant de s'en tenir à l'avenir, dans la politique publique des archives à "la collecte des archives essentielles". Cette piste de réforme vise à "réduire le champ d'archivage aux archives essentielles pour les générations futures" [2]. La ministre de la Culture est ainsi accusée de vouloir s'emparer des archives pour faire des économies budgétaires et ramener les archives à une matière logistique.


Comme en témoigne les actualités du débat sur les archives essentielles [3], cette piste d'orientation fait polémique. Dans un article de l'humanité, publié le 11 janvier 2018 [4], la communauté archivistique s'interroge sur la conservation des "archives essentielles".

Julien Benedetti (Archiviste dans la sphère publique et administrateur de l'Association des archivistes français AAF) insiste sur le fait que la situation actuelle des archives n'est pas satisfaisante, "des lacunes existent dans la collecte" et invite à améliorer la situation en améliorant le processus de collecte et la formation des professionnels.

Pour Marie-Anne Chabin (Archiviste et diplomatiste, professeur associé à l'université Paris-VIII-Vincennes-Saint-Denis), les archives "sont le fruit de l'archivage, c'est-à-dire une mesure de conservation délibérée de documents en raison de leur valeur, pour un usage ultérieur". Son propos est centré sur le processus de fabrication des archives et sur des éléments méthodologiques en mettant en avant une large méconnaissance du métier d'archiviste.

Le papier de Raphaëlle Branche (Professeure d'histoire contemporaine à l'université de Rouen, membre du Conseil supérieur des archives) est titré "les archives : une urgence démocratique". L'insuffisance de moyens pour les services d'archives public, l'amène à revendiquer pour la construction de nouveaux bâtiments et la formation des personnels pour traiter les archives numériques. Elle explique clairement, dans l'humanité, que grâce aux archives, tout citoyen peut faire valoir ses droits et que donc tout un chacun est directement concerné par ces questions "d'archives essentielles". En attendant, que fait-on de nos données personnelles au nom de la sécurité intérieure ? L'application du règlement général sur la protection des données (RGPD), le 25 mai 2018, permettra de renforcer et d'unifier la protection des données pour les individus au sein de l'Union européenne. C'est un débat social et sociétal concernant la conservation historique de la mémoire de la nation.

Ces inquiétudes ont immédiatement été émises et une pétition a été lancée [5] par un collectif d'historien de la Revue XXème siècle. Les réactions que la publication de ce document a suscité appellent des réflexions de fonds. L'archivobésité préoccupe les autorités sanitaires. Il n'y aurait pas assez de place pour conserver les documents [6]. Derrière cette politique d'archivage, les archivistes s'interrogent sur leur rôle : qui sera habilité à déterminer la notion d'essentielle à un document ? Le producteur ? L'archiviste ? L'usager ? Derrière la notion "d'archives essentielles", il se pourrait que le métier d'archiviste change en profondeur [7].

Souhaitons que les responsables politiques prennent bien conscience de l'ampleur d'un tel débat et ne réduisent pas la question des archives à un problème de stocks à gérer. Si tel devait être le cas, se poserait alors la question du sort réservé à des documents qui, du fait des nouvelles règles, ne seraient plus conservés.


Notes et références

[1] FABRE Clarisse. Musées, archives, spectacle vivant.... : les pistes de réforme envisagées pour la culture, lemonde.fr, 14 novembre 2017, [consulté le 22 janvier] <http://www.lemonde.fr/culture/article/2017/11/14/les-pistes-de-reformes-envisagees-pour-la-culture_5214495_3246.html>

[2] CHABIN Marie-Anne. Embrouille, Le blog de Marie-Anne Chabin, décembre 2017, [consulté le 22 janvier 2018] <http://www.marieannechabin.fr/2017/12/embrouille/>

[3] Association des archivistes français. Suivre les actualités du débat sur les archives essentielles, 22 janvier 2018, [consulté le 22 janvier 2018] <http://www.archivistes.org/Suivre-le-debat-sur-les-archives-essentielles>

[4] BRANCHE Raphaëlle, BENEDETTI Julien, CHABIN Marie-Anne. Conservation des "archives essentielles" : un tournant inquiétant ?, publié le 11 janvier 2018, l'Humanité.fr, [consulté le 21 janvier 2018] <https://humanite.fr/conservation-des-archives-essentielles-un-tournant-inquietant-648533>

[5] Pétition. change.org, Les archives ne sont pas des stocks à réduire ! Elles sont la mémoire de la nation, <https://www.change.org/p/les-archives-ne-sont-pas-des-stocks-%C3%A0-r%C3%A9duire-elles-sont-la-m%C3%A9moire-de-la-nation>

[6] GARDETTE Hervé. Toutes les archives sont-elles essentielles ?, franceculture.fr, émission intitulée Du Grain à moudre, 29 novembre 2017, [consulté le 22 janvier 2018] <https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/a-qui-confier-les-archives-non-essentielles>

[7] Antoine. Les "archives essentielles", un tournant dans la pratique archivistique française ?, publié le 5 décembre 2017, [consulté le 22 janvier 2018] <http://archiveweb.hypotheses.org/310>






Instagram, une base de données exploitable pour l'enseignement et la recherche en géographie?

Avec ses 700 millions de photographies géotaggées pour 53 millions d'utilisateurs, l'application devient un corpus de sources intéressant non seulement pour les enseignants, mais aussi pour les chercheurs. Est-ce toutefois une source fiable et pertinente? 


L'application présente un avantage pédagogique certain pour l'enseignement secondaire. A part l'intérêt indéniable de rendre la géographie plus vivante, elle constitue une base de données considérable de photographies et de vidéos pour la classe, comparé aux illustrations des manuels, qui ont un coût et présentent en outre un intérêt bien moindre comparé au partage des données en libre-service. [1]
Sur Instagram, toutes les terres anthropisées, même les plus lointaines, sont disponibles sous format photographique. [2]
De plus, grâce au métadonnées attribuées à la photographie, notamment les hashtags, il existe un découpage géographique bien défini.
Enfin, le modèle de géolocalisation tendant à s'uniformiser selon les normes, la recherche devient plus facile.

Il faut bien sûr se poser la question de la fiabilité de cette source. 
Les attributs de localisations des photographies reposent sur la géolocalisation, mais celle-ci n'est pas obligatoire. L'ajout des métadonnées déclaratives étant facultatif et déclaratif, rien ne garantit donc que la photo ait été réellement prise sur le lieu déclaré. [1]
De plus, l'indexation ne permet pas d'imbriquer plusieurs échelles de localisation, ce qui signifie qu'une recherche par le hashtag "France" ne permettra pas de faire apparaître les photographies taggées du hashtag du nom d'une ville en France. 
Instagram s'inscrit par ailleurs dans une logique commerciale, et souvent la personne publiant une photo se verra proposer des enseignes commerciales à proximité du lieu de prise de la photo que le nom du lieu lui-même. 
Il ne faut pas non plus négliger l'existence d'autres plateformes d'images, comme Flickr, qui offre en plus la possibilité de visualiser une carte des photographies géolocalisées, et d'utiliser des images libres de droit, contrairement à Instagram, dont les photographies restent la propriété de la personne qui publie. 

Instagram reste néanmoins incontournable en termes de nombre de photographies publiées, qui constituent une véritable banque de données exploitables. Outre le corps enseignant, l'application commence d'ailleurs à être également utilisée dans la recherche. 
Grâce à la possibilité d'importer en masse des photographies, un groupe de chercheurs a pu classifier les photographes et leurs productions selon des catégories d'images postées. [4]

D'autres chercheurs se sont aussi basés sur Instagram pour collecter des informations et ainsi surveiller, à moindre coût et plus facilement, la fréquentation des parcs protégés dans le monde.
L'application présente donc un vrai potentiel pour étudier les comportements touristiques, dépassant ainsi les traditionnels outils statistiques. [3]

L'exploitabilité de ce considérable corpus pour l'enseignement et la recherche devient donc une réalité, mais est encore limitée. Pour être tout à fait exploitable, il faudrait des outils de gestion adaptés à la taille et à la complexité de cette base de données. [5] 

Il n'en faut pas moins garder un regard critique, comme pour tous les documents utilisés en géographie comme ailleurs. 

Sources: 

[1] FINANCE Olivier. Instagram, une source pour la recherche et l'enseignement en géographie ? Cybergeo conversation, http://cybergeo.hypotheses.org/183, 15 janvier 2018

[2] PIGANIOL Victor. Instagram, outil du géographe ? Cybergeo, revue européenne de géographie, http://cybergeo.hypotheses.org/183

[3] TENKANEN Henrikki, DI MININ Enrico, HEIKINHEIMO Vuokko, HAUSMANN Anna, HERBST Marna, KAJALA Liisa, TOIVONEN Tuuli. Instagram, Flickr, or Twitter: Assessing the usability of social media data for visitor monitoring in protected areas, Us National Library of Medicine National Institutes of Health, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5730565/

[4] HU Yuheng, MANIKONDA Lydia, KAMBHAMPATI Subbarao. What we Instagram : A First Analysis of Instagram Photo Content and User Types, aaai.org, https://www.aaai.org/ocs/index.php/ICWSM/ICWSM14/paper/view/8118/8087

[5] COUSIN Saskia, RÉAU Bertrand. Sociologie du tourisme, II. Observer, compter et classer, Cairn.Info, https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=DEC_COUSI_2016_01_0019&DocId=37726&hits=2388+2379





mardi 16 janvier 2018

Quels nouveaux usages de la blockchain ?

Créé en 2008  par un informaticien connu sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, le bitcoin s’appuie sur un ensemble de protocoles composants la « blockchain ». ¹
Souvent cité comme étant une révolution comparable à l'internet, la blockchain promet une technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe de contrôle (définition de Blockchain France). Comment fonctionne la blockchain ?
Quelle est son histoire et quelles pourraient être ses implémentations ?
Depuis différentes sources, voici une tentative d’explication.




Philosophie : l’alternative d’un monde transparent ou l’intermédiation disparaît. 

Avec la crise des subprimes s'ensuivit une perte de confiance en les instances financières centrales et traditionnelles. Issue d'une culture cypherpunk, l'implémentation bitcoin de la blockchain répond à une demande de monnaie sans gouvernement.²  
C'est la première étape de l'échange d'une propriété sans intermédiaire central. 
les bitcoins sont échangés entre divers acheteurs et vendeurs. 
Les instances centrales bancaires sont remplacées par un consensus d'ordinateurs regroupés en nœuds de réseaux répartis sur la planète. 
Attirant de nouvelles perspectives d'échanges sécurisés sans intermédiaires, la blockchain permet le développement de nouvelles idées.

Fonctionnement décentralisé : le livre de comptes, la transaction et la preuve de travail.³ 

La blockchain est composée de trois points clés : 

- Le livre des comptes (ledger) qui comprend toutes les écritures d'échanges entre parties. 
Ces dernières actent de la modification de la propriété des biens échangés. 
Le livre est disponible à l'ensemble des acteurs. Il est distribué de façon identique sur tous les nœuds du réseau.  Il est découpé en blocs comprenant un nombre limité d'écritures. Chaque bloc doit être validé par un consensus de nœuds de réseaux représentant au moins 51% de l'ensemble puis est rattaché au bloc précédent et au bloc suivant.
- La transaction authentifie le transfert d'un bien entre 2 parties prenantes
- La preuve de travail permet de garantir l'intégrité des données en demandant des puissances de calculs importantes à des fins de modifications du livre des comptes. Les consultations nécessitant une puissance de calcul minimale.

Technologie : l’association de plusieurs protocoles simple 

Une infrastructure blockchain associe plusieurs briques technologiques existantes. 
Signature électronique, informatique distribué, cryptographie asymétrique...

Usages innovants : de l'énergie au cadastre. Patchwork d’usages possibles 

- Energies renouvelables.
des initiatives permettant reconnaître les auto-producteurs et favorisant les énergies renouvelables sont en cours de développement.
- Initiatives concerne la santé.
La blockchain permettrait de lutter efficacement contre les contrefaçons des médicaments sauvant ainsi des vies. Aussi, permettrait-elle d'innover le dossier médical, tant sur le droit de regard accordé par le patient que sur les remboursements des frais médicaux.
- Cadastre : permettre la transparence de la propriété en Afrique.
Le développement économique s'appuie entre-autre sur l'authenticité de la propriété des biens immobiliers (afin de livrer, hypothéquer, construire...) 
Avec l'usage de la blockchain sur le continent africain, il devient possible de résoudre les conflits de propriété. Le Ghana expérimente l'enregistrement  des titres de propriété sur une blockchain.
- Covoiturage : désintermédier l'ensemble des plateformes.
Afin de ne plus dépendre de plateformes, la blockchain permettrait aux intervenants de s'affranchir des commissions instaurées par les plateformes. D'autre types de marchés tel que la location saisonnière pourraient utiliser la blockchain et les smart-contracts. 
- Produits de luxe  : Authentifier les diamants.  
Afin de lutter contre la fraude au commerce des diamants, la start-up Everledger a développe une blockchain authentifiant l'ensemble des caractéristiques d'un diamant via 40 métadonnées. La blockchain produit ensuite un numéro de série unique  qui est micro-gravé sur le diamant. Le certificat d'authenticité numérique consigné sur la blockchain permet au tiers de certifier la provenance et la propriété. La  startup envisage d'étendre ses services aux sites de ventes en lignes afin de lutter contre la contrefaçon de produits de luxe.
- Cloud Computing : accéder facilement à des blockchain.
Microsoft et IBM ont annoncé des partenariats avec Ethereum. Il s'agit dans un premier temps de permettre le développement simple et rapide d'applications utilisateurs exploitant la blockchain.
D'autres initiatives permettant de décentraliser le cloud sur les disques dur de particuliers en l'échange d'une rémunération sont en cours de développement.

Avec une nouvelle approche de la gestion de la confiance entre tiers, la blockchain offre de nouveaux usages dont les contours se dessineront ces prochaines années.

Sources : 


¹ LORCERY, Pierre | Archimag | Guide Pratique n°59 - blockchain : le nouveau cadre de confiance 
P.16 - Petite Histoire du bitcoin 

² ALLARD, Laurence, KURT, Sébastien et SAUZADE, Adrian | Archimag | Guide Pratique n°59 - blockchain : le nouveau cadre de confiance 
P.18 - Une autre histoire de la blockchain 

³ PALOP, Kevin | Archimag | Guide Pratique n°59 - blockchain : le nouveau cadre de confiance 
P.18 - la blockchain, enfant prometteur du digital

⁴ BERBAIN, Côme | La blockchain : concept, technologies, acteurs et usages
Réalités Industrielles 2017/3 via Cairn.info

⁵ Blockchain France | La Blockchain décryptée - Les clés d'une révolution
P.20

lundi 15 janvier 2018

Lire à haute voix restera gratuit

Le bras de fer qui opposait l'ABF à la SCELF sur la gratuité des lectures à voix haute en bibliothèques publiques a probablement connu son épilogue le vendredi 12 janvier 2018 lors de la conférence de presse de la ministre de la Culture Françoise Nyssen.


Depuis 2016, la Société Civile des Editeurs de Langue Française revendiquait auprès des bibliothèques publiques de lui verser des droits sur les lectures à haute voix en s'appuyant sur le code de la propriété intellectuelle L122-4 selon lequel "tout acte de représentation en public est soumis à droit d’auteur". Un barème de 30€ est ainsi imposé même sans billetterie pour toute activité de lecture. Magnanime, la SCELF proposait un perception de droits sur la base d'un forfait annuel de 100€ des bibliothèques qui disposent d'un budget pour leurs animations...

Vendredi 12 janvier, lors de la conférence de presse de la Ministre de la Culture Françoise Nyssen pour la présentation de la Nuit de la Lecture, cette dernière a tranché: "La perception des droits sur les lectures en public, j'y suis opposée."[1]

Dès le début des revendications de la SCELF, l'Association des Bibliothécaires de France s'est opposée à la fin de la gratuité des lectures à voix haute dans les bibliothèques publiques, notamment défendant la sauvegarde de l'heure du conte pour les enfants: " Au nom de leurs missions de service public et de la promotion de de la lecture et en raison des difficultés budgétaires des communes, l'ABF réclame une exonération totale pour ce type d'animations culturelles".[2]

L'ABF a pu compter sur des alliés de poids et inattendus : les auteurs ! "Les lectures publiques proposées par les bibliothécaires comme les libraires sont indispensables aux auteurs. Elles contribuent à faire connaitre les auteurs ainsi que leurs livres. Il n'est donc pas question de grappiller quelques euros à cette occasion" explique le Société des Gens De Lettres (SGDL).[3]

Daniel Pennac, auteur du livre "Comme un roman" dans lequel il établit les droits imprescriptibles du lecteur est remonté: "Il y en a marre de tondre le tondu: cette idée de redevance sur les lectures publiques ne tient compte ni de la réalité, ni des besoins".[4]

L'arbitrage de la Ministre de la Culture arrivera également à calmer l'Education Nationale dont les enseignants s'inquiétaient d'une nouvelle contrainte: " Sur le plan de la philosophie sociétale, le paiement d'un tel droit pose question sur la marchandisation de tout et n'importe quoi".[5]


Sources :

[1] HEURTEMATTE Véronique. La Ministre de la culture opposée à une taxe sur les lectures publiques en bibliothèque, Livres Hebdo,  http://www.livreshebdo.fr/article/la-ministre-de-la-culture-opposee-une-taxe-sur-les-lectures-publiques-en-bibliotheque .13 janvier 2018

[2] Association des Bibliothécaires de France. Communiqué de presse, www.abf.asso.fr, http://www.abf.asso.fr/1/175/636/ABF/communique-suite-au-rendez-vous-du-14-novembre-2016-avec-la-scelf .13 juin 2017

[3] GIRARD Hélène. Pourquoi les auteurs sont sur la même longueur d’onde que les bibliothécaires ? la Gazette.fr, http://www.lagazettedescommunes.com/543852/lectures-en-public-pourquoi-les-auteurs-sont-sur-la-meme-longueur-donde-que-les-bibliothecaires/ .10 janvier 2018

 [4] GARY Nicolas. Daniel Pennac: faire payer la lecture publique, c’est non, Actua Litté.com, https://www.actualitte.com/article/monde-edition/daniel-pennac-faire-payer-la-lecture-publique-c-est-non/86701 .11 janvier 2018


[5] OURY Antoine. La taxe sur la lecture publique pourrait-elle s’appliquer aux écoles ? Actua Litté.com, https://www.actualitte.com/article/monde-edition/la-taxe-sur-la-lecture-publique-pourrait-elle-s-appliquer-aux-ecoles/86718 .12 janvier 2018

lundi 8 janvier 2018

Vers une nouvelle forme de colonialisme de la part des géants des hautes technologies ?

 

Des entreprises élevées au rang de nations


Et si les géants des nouvelles technologies que sont les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) étaient en train de coloniser le monde ?

A cette question, Lilas Guevara apporte une réponse dans laquelle elle compare les GAFAM à des états nations [1]. En effet, de par leur pouvoir économique et leur rayonnement les GAFAM peuvent rivaliser et même peser sur des décisions. Certaines de ces entreprises ressemblent de plus en plus à des nations souveraines dans la diplomatie qui leur est offerte par les nations souveraines actuelles. Lilas Guevara rapporte les propos d’Anjuan Simmons qui rappelait déjà en 2015 que les GAFAM se "place [ent] désormais au même rang que les nations" [2]. D’ailleurs, Anders Samuelsen - ministre des affaires étrangères danois - a nommé en janvier 2017 un ambassadeur auprès de ces entreprises de haute technologie. M. Anders Samuelsen se justifie ainsi « Google, Apple ou Amazon doivent être considérées désormais comme des nouvelles nations avec lesquelles il faut donc entretenir des relations diplomatiques. » [3]


Pourquoi parler de Cybercolonialisme ?


D’après Wikipédia, le colonialisme « est une doctrine ou une idéologie justifiant la colonisation entendue comme l'extension de la souveraineté d'un État sur des territoires situés en dehors de ses frontières nationales » [4]. Le colonialisme c’est aussi l’appropriation des richesses, une forme d’exploitation et une dépendance des populations colonisées au dépend du colonisateur.

Or les GAFAM, de par leur puissance et leur capacité à diffuser des services et produits indispensables aux consommateurs influent de par le monde et créent des relations de dépendances à la fois économiques, politiques et culturelles sur lesquels ils prospèrent.

D’autre part comme lors du colonialisme, où les états colonisateurs s’appropriaient les richesses de l’état colonisé, aujourd’hui les GAFAM s’approprient un nouvel or noir ; la « Donnée » grâce aux produits et services qu’ils diffusent.

Un autre aspect tient comme pour le colonialisme à l’exploitation d’une main d’œuvre bon marché pour produire les équipements numériques et faire fonctionner les services proposés.

Les GAFAM apportent services innovants, facilitation au quotidien et simplicité d’action mais au détriment d’une forme d’expropriation et d’exploitation qui peut faire craindre pour la démocratie surtout après que la Neutralité du net ait été remise en cause au Etats-Unis en décembre 2017.


Notes et références

 [1] Guevara Lilas. La Silicon Valley est-elle à la tête d’un empire colonial ? In Usbek & Rica [en ligne]. Publié le 27 novembre 2017 [consulté le 08 janvier 2018] <https://usbeketrica.com/article/la-silicon-valley-est-elle-a-la-tete-d-un-empire-colonialhttps://usbeketrica.com/article/la-silicon-valley-est-elle-a-la-tete-d-un-empire-colonial>

[2] Simmons Anjuan. Colonialisme technologique. In Model view culture [en ligne]. Publié le 18 septembre 2015 [consulté le 08 janvier 2018] <https://modelviewculture.com/pieces/technology-colonialismhttps://modelviewculture.com/pieces/technology-colonialism>

[3] Giret Vincent. Quand le Danemark ouvre une ambassade auprès des GAFA. In France Inter [en ligne]. Publié le 30 janvier 2017 [consulté le 08 janvier 2018] <https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito/l-edito-30-janvier-2017>

[4] Wikipédia. [consulté le 08 janvier 2018] <https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonialisme>

Les requêtes Web : de la main à la voix

Depuis quelques années, les interfaces vocales des smartphones se sont multipliées, notamment pour le domaine de la domotique afin d’assister les personnes dans leur vie quotidienne. 

Ce nouveau mode de recherche Web aura-t-il un impact sur le référencement naturel ou SEO - Search Engine Optimization [1] ?


Google a ainsi créé "Home", un assistant connecté à de multiples partenaires tels que Netflix, Deezer, ou Spotify. Amazon a sorti "l’Echo", nommée "Alexa" enceinte connectée dotée d’Intelligence Artificielle. Microsoft est le créateur de "Cortana". [2] Quant à Apple, l’assistant "Siri" a été récemment modernisé grâce à son HomeKit. Là encore, une logique de partenariat s’est mise en place avec différentes sociétés comme Philips. Il est désormais possible de synchroniser "Siri" et les ampoules de la maison pour ordonner leur allumage ou leur extinction à distance. [3]

Ces interfaces ont été créées pour répondre à toutes autres sortes de questions et de requêtes diverses : les nouvelles du jour, le retard éventuel de son avion, la météo, l’agenda de la semaine, une recette de cuisine... Leur utilisation est intuitive et doublée d’une grande simplicité.

Selon ComScore, un organisme de mesure d’audience, 20 % des requêtes de ce type se font aujourd’hui par la voix, et ces requêtes vocales atteindront 50 % dès 2020. Si ces chiffres s’avèrent exacts, la recherche d’information grâce à un clavier deviendra vite obsolète. [4]

En outre, les progrès de ces technologies sont fulgurants car depuis peu, la compréhension d’un discours par l’ordinateur atteint quasiment le niveau de compréhension d’un humain. En effet, le taux d’erreur par mot ou WER - Word Error Rate [5], atteint seulement 6 %, ce qui est très faible. Les assistants vocaux sont donc amenés, dans un avenir très proche à se développer de manière exponentielle. 

Une étude Australienne du site Marketingmag, qui dessine des grandes tendances technologiques à venir annonce que ces requêtes vocales sont une révolution pour le SEO. Formulées sur un mode conversationnel par phrases entières, elles rendent des résultats plus rapides, plus riches et plus pertinents que les réponses apportées à des requêtes effectuées via les moteurs de recherche par une combinaison de mots-clés, comme habituellement. [6]

En conséquence, l’avenir même du SEO se joue probablement du côté de la recherche vocale et conversationnelle analyse Olivier Andrieu, spécialiste du Search. [7] 

L'année 2018 devrait potentiellement voir l'apparition de nombreux nouveaux outils !


Sources

[1] ANDRIEU, Olivier. 20 conseils pour réussir son référencement [en ligne]. Paris, Abondance.com, 2010 [consulté le 08/01/2018]. http://referencement.abondance.com/

[2] CIOLFI, Marie. Alexa / Google Assistant : Qui commande à la maison ? Parcours de deux IA bien dans le temps. Paris, Lesnumériques.com le 17/03/2017. [consulté le 08/01/2018].https://www.lesnumeriques.com/assistant-domotique/alexa-google-assistant-qui-commande-a-maison-a3085.html

[3] SEFRIN, Christophe. Apple HomeKit : "Chérie j'ai allumé la lumière avec SIRI !" Paris, 20 minutes.fr, le 28/09/2017 [consulté le 08/01/2018]. http://www.20minutes.fr/high-tech/2136487-20170928-apple-homekit-cherie-allume-lumiere-siri

[4] GAUTIER, Matthieu. Quels sont les impacts et les conséquences de la recherche vocale sur le SEO ? Paris, Marketing, le 25/01/2017 [consulté le 08/01/2018]. https://blog.hubspot.fr/marketing/consequences-recherche-vocale-seo

[5] RSLN. Reconnaissance vocale : la recherche franchit un nouveau palier. Paris, RslnMag.fr, 22/09/2016 [consulté le 08/01/2018]. https://rslnmag.fr/innovation/reconnaissance-vocale-recherche-nouveau-palier-microsoft-research/

[6] TOMAZ, Carolina. Marketing digital et social : 5 tendances qui vont façonner 2018. Paris, FrenchWeb.fr, 12/12/2017 [consulté le 08/01/2018]. https://www.frenchweb.fr/marketing-digital-et-social-5-tendances-qui-vont-faconner-2018/311269

[7] ANDRIEU, Olivier. 10 points Search et SEO à suivre en 2018 ! [en ligne]. Paris, Abondance.com, 28/12/2017 [consulté le 08/01/2018]. https://www.abondance.com/actualites/20171228-18773-10-points-search-seo-a-suivre-2018.html

lundi 18 décembre 2017

Vers un nouvel avenir des métiers de l'archivistique ? Le records manager.

Sur son blog Transarchivistique, Marie-Anne Chabin [1] publiait le 11 décembre dernier un billet questionnant l'avenir de l'archivage.

"L’archivage est ce geste managérial qui conduit à mettre en sécurité les documents ou données qui engagent dans la durée, avec une règle de vie qui pilote leur qualité, leur stockage, leur pérennisation, leur accès et leur destruction un jour, au mieux des intérêts de tous" [2].
Marie-Anne Chabin souligne le fait que l'archivage reste un geste fort et rappelle les cinq exigences incluses dans la règle de vie d'une archive :

  • la qualité
  • le stockage
  • la pérennisation
  • l'accès
  • la destruction

Au-delà du domaine archivistique, c'est la question de l'archivage managérial, "records management" en anglais, qui est au cœur du sujet d'étude de l'auteur. Rappelons que l'archivage managérial répond à la question suivante : "comment faire en sorte que les documents qui engagent la responsabilité de l’entreprise soient identifiés, bien conservés, sécurisés et accessibles selon leur nature, pendant le temps nécessaire, tout cela au meilleur coût ?"[3].
Dans son billet, Marie-Anne Chabin alerte sur la déresponsabilisation et parfois une tendance à l'irresponsabilité de certaines entreprises concernant les questions d'archivage. Leur gouvernance de l'information ne pourra désormais plus se cacher derrière le fait qu'il vaut mieux un placard bien rempli. Le règlement général européen sur la protection des données personnelles (RGPD) devrait bousculer les habitudes. Le non-archivage et l'oubli d'élaborer des règles archivistiques (création, conservation et destruction) pour les données et certains documents contenant des données à caractère personnel pourront avoir un impact certain sur l'activité de l'entreprise puisque RGPD prévoit de fortes sanctions financières.

"L'archivage a-t-il de l'avenir ?", voici le titre du billet de Marie-Anne Chabin. Nous complétons ici sa réponse avec une offre d'emploi du Conseil départemental de Seine et Marne à la recherche de deux records managers se déclinant ainsi :
"Au sein du ser­vice pro­jets et appli­ca­tions métiers du social, le res­pon­sa­ble archi­vage ou « records mana­ger » assure la res­pon­sa­bi­lité de la maî­trise du cycle de vie des docu­ments et des pro­ces­sus docu­men­tai­res de la DGAS. Il défi­nit et met en œuvre en lien avec les archi­ves dépar­te­men­ta­les la stra­té­gie et les pro­cé­du­res per­met­tant à l’orga­nisme de disposer à tout instant du docu­ment ou de la donnée dont il a besoin pour conduire ses acti­vi­tés et se pro­té­ger des ris­ques juri­di­ques (exi­gen­ces léga­les et régle­men­tai­res, conten­tieux...), et de détruire des docu­ments et don­nées confor­mé­ment à la loi. Le ges­tion­naire archi­vage garan­tit la pro­tec­tion des docu­ments et des don­nées en fonc­tion des exi­gen­ces liées aux ris­ques et au pro­ces­sus qua­lité. Il par­ti­cipe également à la réus­site des pro­jets de déma­té­ria­li­sa­tion des dos­siers du social. Il est l’inter­face avec la Direction des Archives Départementales" [4].
Soulignons que l'inclusion de de la spécification suivante "se pro­té­ger des ris­ques juri­di­ques (exi­gen­ces léga­les et régle­men­tai­res, conten­tieux...), et de détruire des docu­ments et don­nées confor­mé­ment à la loi" semble faire particulièrement écho au rapprochement du délai de mise en conformité des entreprises en vue de l'application de la RGPD le 25 mai 2018 [5].

Il sera intéressant d'étudier dans quelques mois la proportion de ce type d'offre d'emploi. En 2015, une enquête sur l'insertion professionnelle des anciens diplômés en archivistique avait déjà mis en avant la part grandissante du profil du records manager en entreprise [6].



Notes et références

[1] Marie-Anne Chabin enseigne l’archivage managérial (records management) aux étudiants du master GSI (gestion stratégique de l’information) à l'Université Paris 8, UFR MITSIC, Département Sciences de l’information de documentation.

[2] CHABIN. Marie-Anne. L'archivage a-t-il de l'avenir ?. In Transarchivistique [en ligne]. Publié le 11 décembre 2017 [consulté le 18 décembre 2017] <http://transarchivistique.fr/larchivage-a-t-il-de-lavenir/>

[3] CAZENEUVE, R., CHABIN Marie-Anne. L'archivage managérial. Les Référentiels du CR2PA (Club des Responsables de Politiques et Projets d'Archivage), Novembre 2012. Disponible en ligne : [consulté le 18 décembre 2017] <http://blog.cr2pa.fr/wp-content/uploads/2013/03/CR2PA_Referentiel-Archivage-managerial.pdf>

[4] Site de l'Association des Archivistes de France. Catégorie : Emploi. Le Conseil départemental de Seine et Marne recrute : deux Records Manager (h/f). Publié le 13 novembre 2017, [en ligne, consulté le 18/12/2017] <http://www.archivistes.org/Le-Conseil-departemental-de-Seine-et-Marne-3311>

[5] FROCHOT, Didier. RGPD : 6% des acteurs en France aujourd'hui conformes. In site Les infostratèges.com. [En ligne], publié le 24 novembre 2017 [consulté le 18 décembre 2018] <http://www.les-infostrateges.com/actu/17112469/rgpd-6-des-acteurs-en-france-aujourdhui-conformes>

[6] AAF, Cofem, Collectif A8. Enquête sur l'insertion professionnelle des archivistes : synthèse et analyse des réponses. 2015. Disponible en ligne : [consulté le 18 décembre 2018] <http://www.archivistes.org/IMG/pdf/collectifaaf_enquete_insertion_pro_synthese_finale_20160908.pdf>