mardi 29 novembre 2016

L’archivage du Web français : un enjeu majeur pour la mémoire collective et la recherche

En 2016 la France fête un double anniversaire : la Bibliothèque nationale de France (BnF) et l'Institut national de l'audiovisuel (INA) célèbrent les 10 ans de la réforme sur le dépôt légal et les 20 ans des archives du Web français

 

C’est en effet en 1996 - grâce à l’initiative teintée d’utopie de Brewster Kahle qui crée aux États-Unis la Fondation Internet Archive - que le Web devient l’objet d’un travail d’archivage systématique. La première récolte concerne les sites de l’élection présidentielle américaine de 1996. Pour moissonner le Web mondial, Brewster Kahle développe un logiciel ("crawler") capable d’explorer automatiquement le Web dans sa globalité et de stocker des copies des pages visitées [1].  
En France l’initiative est prise par les institutions publiques: la BnF commence son activité en collectant les sites de l’élection présidentielle de 2002, pour élargir ensuite les thèmes de son archivage.

Le cadre légal

 

La loi relative aux droits d'auteurs et aux droits voisins dans la société de l'information (DAVDSI) du 1er août 2006 étend le dépôt légal français aux publications sur le Web : il s'agit du dépôt légal numérique. La loi précise aussi les domaines d'intervention de l'INA et de la BnF. Le premier se charge, dans le respect de sa mission institutionnelle, de l'archivage des sites des médias audiovisuels; la BnF s'occupe du domaine ".fr" et, en collaboration avec l’Association Française pour le Nommage Internet en Coopération (AFNIC) et la Fondation Internet Archive, répertorie tous les sites français (".com", ".org", ".net" etc) [2]. Aujourd'hui la mémoire du Web français est stockée à la BnF ou reposent 668 Téraoctets d'archives, soit 26 milliards de fichiers. L'INA gère une quantité moins massive de données (14.000 sites) mais effectue un travail de collecte quotidien. 

Un enjeu méthodologique majeur pour les professionnels du secteur…

 

Archiver le Web dans un lieu où les pratiques professionnelles sont nées dans la culture du papier peut s’avérer difficile. Des nouvelles questions se posent par rapport aux critères de sélection : quelle approche faut-il privilégier entre une collecte intégrale, exhaustive, sélective, thématique ? Le dynamisme généralisé du Web impose la question de la fréquence de l’archivage, la multiplicité des contenus, la nécessité de leur curation, etc. Il s'agit donc d’opérer des choix raisonnés qui puissent assurer une représentativité de la diversité et de l’évolution du Web car, en organisant la masse gigantesque de ses contenus, les institutions et les professionnels construisent la mémoire collective de demain.

… au profit des chercheurs et de la société, entre ouverture et contraintes

 

La BnF et l’INA, en archivant le Web français, offrent aux chercheurs d’autres ressources pour étudier l’histoire et l’évolution de notre société [3]. Mais si Internet Archive aux États-Unis a lancée en 2001 la Wayback Machine, un outil qui permet aux internautes de naviguer librement dans ses archives, en France ce patrimoine numérique reste consultable uniquement dans les bibliothèques, car les archives du Web sont protégées par le code du patrimoine et le droit d’auteur, ce qui les empêche d’être accessibles gratuitement en ligne.  



Pour en savoir plus sur les développements  des Archives du Web à l’international...
cf. le site web de l’IIPC - International Internet Preservation Consortium (http://www.netpreserve.org/) qui regroupe environ une cinquantaine d'institutions d’archivage du Web, ainsi que le site web de l'Internet Archive (https://archive.org/index.php)


...et en France
cf. la page officielle du projet Archive de l'Internet de la BnF, mise à jour le 22 janvier 2016 et consultée le 26 novembre 2016


Sources: 

[1] Vingt ans d’archivage du Web : les coulisses d’un projet titanesque
Article publié par Morgane Tual le 26/10/2016 sur le site de Le Monde et consulté en ligne le  29 novembre 2016
(http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/10/26/vingt-ans-d-archivage-du-web-un-projet-titanesque_5020433_4408996.html)

[2] L’archivage du web : un outil pour comprendre Internet
Article publié par Alexandre Foatelli le 22/11/2016 sur le site de l’INA et consulté en ligne le 29 novembre 2016
(http://www.inaglobal.fr/numerique/article/l-archivage-du-web-un-outil-pour-comprendre-internet-9386?tq=7)

[3] L'archivage du web, futur trésor archéologique de la BNF
Article publié par Raphaële Karayan le 24/11/2016 sur le site de l’Express et consulté en ligne le 29 novembre 2016

jeudi 24 novembre 2016

L'e-administration a le vent en poupe, mais attention au risque d'exclusion sociale

Selon le baromètre 2016 de l'e-administration réalisé par Ipsos pour Sopra Steria (1), les Français sont de plus en plus séduits par l'administration numérique, mais restent vigilants sur les domaines de la justice et de la police. Autre enjeu crucial : le besoin de médiation humaine.

Administration électronique, les Français sont quasiment convertis !

A l'occasion de la publication de cette étude, Archimag (2) fait le point sur la perception des Français face au développement de l'e-administration :
  • 88 % des personnes interrogées se déclarent prêtes à utiliser les services en ligne proposés par l'administration. 
  • 70 % d'entre elles estiment "avancé" le développement des services publics numériques contre 59% en 2015, soit 11 points de progression.
  • 85 % des Français souhaitent voir la création d'un guichet unique en ligne pour des services numériques personnalisés.  
Si la déclaration des revenus en ligne (jugée avancée par 86% des Français) emporte le maillot jaune de l'e-administration, certains domaines sont à la traîne, notamment l'état-civil et la santé (40 % et 32%). En queue de peloton, les services en ligne dédiés à la justice et à la police accusent un retard, 29 % seulement estimant qu'ils sont suffisamment développés. 

Une exigence croissante en matière de sécurité des données personnelles 

65% des Français ont confiance dans la capacité des pouvoirs publics à assurer la sécurité et la confidentialité de leurs données personnelles. Leur niveau d'inquiétude sur l'accès aux données a sensiblement baissé. A la question "craignez-vous que quelqu'un d'autre que vous n'accède aux données renseignées ?", 42 % répondent "oui" en 2016 contre 52 % en 2015.

Néanmoins, près d’un tiers des Français attend un service client en appui, afin d’être accompagné en cas de problème. 

Le CNNum partage cette vigilance et alerte sur la nécessité d'un accompagnement dans une tribune publiée le 22 novembre 2016 dans Libération (3).

La dématérialisation sans accompagnement humain, facteur d'accélération de l'exclusion sociale selon le CNNum.

Si les TIC permettent de créer des services publics plus efficaces, réactifs et personnalisés, la médiation humaine et l'accessibilité sont encore trop souvent oubliées au moment de leur conception.

Conséquence : que l'on soit précaire, mal à l’aise avec le numérique ou même "digital native", on peut aujourd’hui être bloqué dans des circuits administratifs si l’on ne rentre pas dans les cases du formulaire. Le profil d’utilisateur moyen n’existant pas, il est donc essentiel de maintenir une "médiation humaine décloisonnée, personnalisée, outillée et valorisée, destinée à garantir l’accès de tous aux droits et aux services essentiels, partout sur le territoire".
Le CNNum conclut en soulignant que l'accompagnement représente, avec la formation durant toute la vie, l’infrastructure humaine essentielle d’une société numérique.

Sources :

(1) SOPRA STERIA et IPSOS. Baromètre Digital Gouv' 2016. www.soprasteria.com [en ligne]. Mis en ligne le 15 novembre 2016 [consulté le 24 novembre 2016]. https://www.soprasteria.com/fr/media/publications/barometre-digital-gouv-2016 
Le baromètre Digital Gouv pan-européen a été réalisé au mois de septembre 2016 dans quatre pays (France, Allemagne, Norvège et Royaume-Uni) par l'institut Ipsos pour le compte de la société Sopra Steria, leader européen de la transformation numérique. Près de 4 000 personnes ont été interrogées soit environ 1 000 personnes dans chacun de ces pays. 

(2) TEXIER, Bruno. Baromètre 2016 de l'e-administration : les Français de plus en plus séduits. www.archimag.com [en ligne]. Mis en ligne le 23 novembre 2016 [consulté le 24 novembre 2016]. http://www.archimag.com/demat-cloud/2016/11/23/barometre-2016-e-administration-fran%C3%A7ais-de-plus-en-plus-seduits 

(3) MAHJOUBI Mounir, PENE Sophie Pène, MAMOU MANI Guy, TALEB Amal, ainsi que des membres et anciens membres du CNNum, l'ancienne vice-présidente du CNNum, le secrétaire général au CNNum et des rapporteurs au CNNum. L'administration numérique ne doit pas accélérer l'exclusion sociale. www.liberation.fr [en ligne]. Mis en ligne le 22 novembre 2016 [consulté le 24 novembre 2016]. http://www.liberation.fr/debats/2016/11/22/l-administration-numerique-ne-doit-pas-accelerer-l-exclusion-sociale_1530177 

Vos données indiquent quel genre d’humain vous êtes

A l’occasion de la sortie de Watch dogs 2, jeu vidéo dans l’univers des hackers, Ubisoft le plus gros éditeur de jeux vidéo français, a mis en ligne une expérience interactive « Predictive World »,  avec pour idée de montrer l’emprise du Big Data sur nos vies. (4)
Conçu en partenariat avec le « Psychometrics Centre de L’université de Cambridge », Predictive World est un site internet se basant sur des algorithmes prédictifs pour établir gratuitement votre profil numérique et prédire votre avenir grâce à votre profil Facebook et à votre localisation. (1)

Predictive World, une analyse prédictive de votre profil
Predictive World est capable de fournir plus de 60 prédictions à votre sujet. Après une connexion à l’application Facebook, le site récupère un maximum d’informations et les étoffe en fonction de vos choix : quel type de profil vous correspond le mieux ? Quel type de voiture conduisez-vous ? Autant de propositions utilisées ensuite pour calculer votre stabilité émotionnelle, vos revenus moyens, votre espérance de vie, votre consommation d’alcool, de drogue, de tabac…(3)


Big Data et confidentialité des données
Cette expérience pose forcément la question de la confidentialité des données et de leur utilisation à grande échelle. Et si la somme de ces 5 milliards de gigaoctets de données que vous générez chaque jour tombait entre de mauvaises mains ? Ou sans aller jusque-là, entre celles de votre assureur, banquier ou futur employeur ? (3)

Sécuriser ses échanges ou ses partages
Un petit test facile vous permet de savoir ce que Google sait de vous. Spécialiste du multimédia, le bibliothécaire Thomas Fourmeux vient de publier sur son blog « Biblio Numericus » un article d'Alison Macrina, du Library Freedom Project, donnant une boîte à outils pédagogique en 7 étapes pour sécuriser vos données sur votre smartphone : modification de vos paramètres, chiffrage de vos communications, choix de votre navigateur, protection du tracking publicitaire, utilisation d’un réseau privé VPN…(5)

Pour aller plus loin, le lanceur d’alerte Edward Snowden a livré quelques-uns des logiciels qu’il utilise : L’application de messagerie en open source Signal (disponible sur iOS et sur Android et développée par Open Whisper Systems) permettant de recevoir et d’envoyer des SMS chiffrés et de passer des appels sécurisés.
Et pour ceux qui chercheraient à effacer des données qui pourraient se révéler ennuyeuses lors d’une recherche d’emploi il existe aussi des solutions : Supprimer les dernières activités sur Facebook en passant par la rubrique « historique personnel » de l’application ou utiliser Tweet Eraser pour faire le ménage dans ses derniers tweets. (2)

Predictive World…envie de tester l’expérience …?

Sources  

(1) JOST, Clémence. Ce qui se cache derrière Predictive World, cet outil gratuit qui prédit votre avenir grâce à votre profil Facebook. ARCHIMAG [en ligne]. Mis en ligne le 14 novembre 2016. [Consulté le 24/11/2016]. http://www.archimag.com/univers-data/2016/11/14/predictive-world-outil-gratuit-prediction-avenir-profil-facebook

(2) TIBERGUIEN, Perrine. Big Data et confidentialité : Zoom sur Predictive World. CCM [en ligne]. Mis en ligne le 14 novembre 2016. [Consulté le 24/11/2016].
http://www.commentcamarche.net/news/5869005-big-data-et-confidentialite-zoom-sur-predictive-world


(3) RAKOTONDRABE, Andy. Predictive World, un service qui illustre les dangers du Big Data. Fedzone  [en ligne]. Mis en ligne le 12 novembre 2016. [Consulté le 24/11/2016]. http://www.fredzone.org/predictive-world-ubisoft-watch-dogs-2-883


(4) EVENO, Flora. Predictive World, ce que les machines savent de nous. RTBF.be  [en ligne]. Mis en ligne le 16 novembre 2016. [Consulté le 24/11/2016]. https://www.rtbf.be/culture/dossier/chroniques-culture/detail_predictive-world-ce-que-les-machines-savent-de-nous?id=9456587


(5) JOST, Clémence. 7 astuces faciles pour protéger votre vie privée sur votre smartphone. ARCHIMAG [en ligne]. Mis en ligne le 2 décembre 2015. [Consulté le 24/11/2016]. http://www.archimag.com/vie-numerique/2015/12/02/7-astuces-faciles-proteger-vie-privee-smartphone

mardi 22 novembre 2016

La loi numérique et nos données personnelles

La Loi pour une République numérique du 7 octobre 2016 est parue au Journal Officiel du 8 octobre 2016, et devance sur certains aspects le Règlement européen sur la protection des données personnelles qui doit entrer en vigueur en mai 2018.
Si certaines dispositions doivent attendre la publication de décrets d'applications, d'autres, en revanche, sont applicables dès aujourd'hui.

Ainsi, il a été mis en place de nouveaux droits pour tous les citoyens :
  • Une personne peut maîtriser ses données :
    L'article 1er de la Loi Informatique et liberté est renforcé.
    Chacun a le pouvoir de choisir et de maîtriser l'utilisation des données personnelles le concernant dans les limites et conditions fixées par la loi.
  • Un effacement des données pour les mineurs,
    Toute personne, mineure au moment de la collecte, peut demander l'effacement de ses données personnelles. Ce droit à l'oubli doit être effectué dans un délai d'un mois à compter de la demande.
    Mais la loi prévoit des exceptions, notamment pour protéger la liberté d'expression, pour des motifs d'intérêts publics ou si ces données sont nécessaires à une action en justice.
  • La possibilité de prévoir le destin de ses données après sa mort.
    En effet, il est maintenant possible de prendre des directives concernant la gestion de ses données personnelles et de désigner un "exécuteur testamentaire" le cas échéant. Si aucune volonté n'a été prise, les héritiers ont un droit de regard sur l'administration de ces éléments.
  • La possibilité d'exercer ses droits par voie électronique "lorsque cela est possible"
Il a aussi été mis en place une information sur la durée de conservation des données en plus des dispositions relatives à la collecte de celles-ci.

Les pouvoirs de la CNIL sont renforcés et étendus. Il est prévu que cette autorité puisse ordonner le paiement d'amendes allant jusqu'à 3 millions d'€ (au lieu de 150 000 € auparavant). Ses capacités de punitions ont été accentuées et tendent à s'aligner sur les amendes du règlement européen à venir. De plus, elle devra être consulter pour tout projet de loi portant sur les données personnelles ou leur traitement et ces recommandations devront être rendues publiques.

L'ouverture des données publiques est fortement encouragée.
Désormais, il ne s'agit plus seulement d'avoir la possibilité d'accéder aux données publiques mais plus globalement d'ouvrir celles-ci le plus largement possible. La CNIL va aussi se rapprocher de la CADA (Commission d'accès aux documents administratifs) à travers une collaboration plus large.

CNIL, Ce que change la loi pour une République numérique pour la protection des données personnelles, [en ligne] mis en ligne le 17 novembre 2016 [consulté le 22 novembre 2016]
< https://www.cnil.fr/fr/ce-que-change-la-loi-pour-une-republique-numerique-pour-la-protection-des-donnees-personnelles>

La lutte contre les fausses informations : Google et Facebook impactés par ce phénomène


Suite aux élections américaines du 8 novembre 2016, Google et Facebook sont pointés du doigt. Ils auraient laissé circuler de fausses informations et auraient favorisé l'élection du 45° président des États Unis, Donald Trump. Google et Facebook tentent de réagir face à ces dénonciations. Comment vont-ils lutter contre cet évènement ? Quels en sont les enjeux et les stratégies adoptées ? Que vont-ils mettre en place ?

Google et Facebook tentent de se défendre contre l'ensemble des accusations diverses portées à leur égard et ils vont prendre des séries de mesures drastiques pour lutter contre ce phénomène.

Tout d'abord, Facebook prend conscience de la gravité de la situation et désire avant tout éradiquer de son réseau social toute information fausse. Et pour cela, il tente de mettre en place des alertes sur des articles afin de prévenir de toute information suspecte et de favoriser son signalement. Il veut collaborer avec la presse pour mieux comprendre ses systèmes de vérification des informations.

Ensuite Google va plus loin et ajoute des sanctions importantes. Il désire notamment supprimer les recettes publicitaires pour tout site présentant de la fausse information. "Nous allons commencer à interdire les publicités de Google sur les contenus trompeurs, de la même manière que nous interdisons les publicités mensongères", a ainsi expliqué Google à l'AFP.

En parallèle, Facebook rejoint la même optique que Google et ne diffuserait pas de publicités par l'intermédiaire de son réseau Audience Network. Mark Zuckerberg annonce: « Une grande part de la désinformation est motivée par une exploitation financière du spamming ».

Sources :

ELYAN, Jean. Pour écarter les fausses news, Facebook mise sur des vérificateurs. [en ligne]. Mis en ligne le 21 novembre 2016. [Consulté le 22/11/2016]. <http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-pour-ecarter-les-fausses-news-facebook-mise-sur-des-verificateurs-66566.html>.

SETRA. Facebook se défend d’avoir aidé Donald Trump à devenir président des USA. [en ligne]. Mis en ligne le 14 novembre 2016. [Consulté le 22/11/2016]. <http://www.presse-citron.net/facebook-se-defend-davoir-aide-donald-trump-a-devenir-president-des-usa/ >.

AFP. Google et Facebook déclarent la guerre aux fausses informations. Avec quels moyens ? [en ligne]. Mis en ligne le 16 novembre 2016. [Consulté le 22/11/2016]. <http://www.sciencesetavenir.fr/politique/google-et-facebook-declarent-la-guerre-aux-fausses-informations-avec-quels-moyens_108172>.


mercredi 16 novembre 2016

La BnF à la recherche de nouveaux usages

La semaine du 14 au 20 novembre 2016 est la semaine de l’innovation publique : l’État mettra à « l’honneur une administration en mouvement au service de tous les usagers (particuliers, chefs d’entreprise, responsables associatifs mais aussi fonctionnaires – agents publics, acheteurs publics, agents des administrations déconcentrées).» (1)

Ainsi, la Bibliothèque nationale de France organise son premier Hackathon, nouveau lieu de l’innovation publique, pour développer des projets autour de la réutilisation de l’immense réservoir des données numériques et imaginer ainsi la bibliothèque du futur. (2)

Une centaine de personnes réparties en équipes investiront le site de François-Mitterrand, durant 24 heures. Ils exploreront de nouveaux usages des collections pour en faire des services et de nouveaux projets.

Cette ouverture au grand public a pour avantage de s’appuyer sur l’imagination  du plus grand nombre en dehors des cadres connus. L'émulation et la stimulation, à travers les rencontres et les échanges, l'unité de lieu et de de temps, seront propices à la création pour relever les défis: (3)
  • Aide à la compréhension à travers des visites virtuelles ou l’impression 3D. Des collections numérisées : marionnettes et masques, tissus et broderies seront modélisés en 3D à des fins de réutilisation en direction des métiers de la mode, des arts décoratifs et du textile.
  • Illustration numérique des lieux, par géolocalisation, avec les ressources de la BnF.
  • Amélioration de l’expérience de recherche et d’accès de certaines ressources. Application de recherche d’image par mot-clé, crowdsourcing pour enrichir la description des ressources sous la forme d’un jeu et ainsi collecter des points de vue de non-spécialistes.
  • Exploration des collections de la BnF beaucoup plus en rapport avec les habitudes de navigation des usagers. Suggestions de contenus en rapport avec le document, visualisation des liens entre revues et titres de presse afin de les explorer, création d'univers thématiques, ….

Des experts techniques en données, métadonnées et API, des spécialistes des collections de la BNF seront présents tout au long de l’exercice.

Des accès seront organisés aux jeux de données :
  • la bibliothèque numérique (Gallica), 
  • la plate-forme de données ouvertes, 
  • des catalogues (Catalogue général, Catalogue BnF Archives et manuscrits, Médailles et Antiques),
  • des bases spécialisées (Reliures,Iconographique en ligne du département des Manuscrits, Notices de la Bibliographie des éditions parisiennes du 16e siècle, Presse locale ancienne)

La BnF s'engage à développer le projet primé et à l'intégrer aux services de la bibliothèque.

Le public aura accès au Hackathon pendant les heures d’ouverture de la BnF. La présentation des projets devant un jury aura lieu le dimanche à 14h30.

Sources:

(1): Secrétariat Général pour la Modernisation de l'Action Publique. Présentation de la Semaine de l'innovation publique. [Consulté le 16/11/2016].
http://www.modernisation.gouv.fr/la-semaine-de-linnovation-publique/presentation-de-la-semaine-de-linnovation-publique.

 
(2): Bibliothèque national de France. Premier hackathon de la BnF. [Consulté le 16/11/2016].
http://www.bnf.fr/fr/la_bnf/anx_actu_bib/a.hackathon_2016.html.


(3): etalab. Événement. Hackathon BnF (les 19 et 20 novembre 2016). [Consulté le 16/11/2016].
https://forum.etalab.gouv.fr/c/agenda/BnF-hackathon-culture.


lundi 14 novembre 2016

Démocratie Numérique ... Démocratie Fluide ... Quelle Réalité ?


 La démocratie aujourd'hui 

L'actualité nous plonge dans un contexte d'élections (USA, France). Elle nous interroge sur la démocratie. Un sondage de la Fondation Jean-Jaurès (1) vient nous interpeller :
  • 72% des Français pensent que la démocratie pourrait être remise en cause à l'avenir
  • 52% des Français votent aux élections
  • 75% des Français plébiscitent le recours à des référendums d'initiative populaire  


Internet avenir de la Démocratie ?

 Internet est un formidable outil qui libère les échanges et la communication, les réseaux sociaux ne faisant qu'accélérer ce mouvement.  C'est un espace de débat, ou chacun est à même de s'exprimer sur des sujets variés et sans contraintes . Internet est une opportunité pour la démocratie qui permet également de s'émanciper des lourdeurs démocratiques des Etats. Il favorise la démocratie participative.(2)


Démocratie Liquide nouveau concept

 Zigmunt Bauman est l'origine de ce concept dans les années 2000. Nous sommes rentrés dans un environnement mouvant:  où les individus échappent aux positions fixes et dont les trajectoires deviennent “liquides”. Ceux-ci changent de place, de métier, de partenaire affectif, de valeurs. L’identité ou la réussite sont définis en terme de choix individuels et sont beaucoup plus flexibles qu’avant, d’où cette métaphore du liquide. Les individus vont désormais privilégier le changement, la mutation, la disruption, plutôt que le statu quo. (3)

Ce nouveau concept permet de s'interroger sur le le sens du vivre ensemble



Des initiatives démocratiques sur le Web

 Les électeurs souhaitent être plus engagés et plus partie prenante de la vie publique. Ils s'interpellent sur la  lourdeur et l'espacement des consultations du citoyen et sur la représentativité des élus. (4)


Des initiatives sur Internet sont nées qui favorisent de nouveaux usages politiques :
  • Ma Voix – http://www.mavoix.info/ – qui souhaite présenter des anonymes par tirage au sort aux prochaines élections législatives de 2017
  • Voxe.org - http://www.voxe.org/ - qui compare les programmes électoraux des différents candidats
  • liquidfeedback.org -  : offre la possibilité le téléchargement de logiciels pour la mise en place d’un système de démocratie liquide dans une organisation

L'Etat s'interroge également . Pour preuve le rapport "Refaire la démocratie - Présenté par MM. Claude BARTOLONE et Michel WINOCK" dont l'avant propos est parlant : Le présent rapport naît d’une conviction profonde : la Ve République souffre d’une insuffisance démocratique....


Sources :

(1) Gilles Finchelstein, François Miquet-Marty, Jean-Philippe Moinet, Aurélien Preud’homme ,   L’observatoire de la démocratie

(2) Dominique Cardon, Marie-Carmen Smyrnelis, « La démocratie Internet. Entretien avec Dominique Cardon », Transversalités 2012/3 (N° 123), p. 65-73., DOI 10.3917/trans.123.0065

(3) France Culture, Emission : Numérique, "La “démocratie liquide” ou comment repenser la démocratie à l’âge numérique ?", Diffusé le 17/04/16, Consulté le 14/11/16, https://www.franceculture.fr/numerique/la-democratie-liquide-ou-comment-repenser-la-democratie-l-age-numerique

(4) Interview de Dominique CARDON, Dossier : la Démocratie ça devrait être quoi ? - Le Changement Numérique c'est quoi ?, Philosophie Magazine,  n°104, Novembre 2016 , Auteur de l'ouvrage : la Démocratie Internet




 

Alignez votre livre sur la météo !

La maison d'éditions Via Fabula, jeune startup toulousaine, vous propose une nouvelle expérience de lecture via ses livres numériques adaptatifs. Disponibles sur ordinateur, tablette ou smartphone et compatibles avec Android ou iOS, ces fictions d'un genre nouveau s'adaptent à vous, lecteur, et à votre environnement. Ainsi, si vous êtes à Paris, qu'il fait froid et qu'il pleut, l'action du roman aura lieu à Paris, sous la pluie et le froid. De même, si vous êtes une femme de 30 ans, mariée et mère de famille, le protagoniste de l'histoire sera une femme de 30 ans, mariée et mère de famille. Vous vous identifierez donc, plus que dans n'importe quel autre ouvrage, au héros, puisqu'il sera vous ! 

Ces livres, dont la trame narrative est linéaire, s'appuient sur deux types de mécanisme, que sont les divergences et les contextes dynamiques. Les premières équivalent à des embranchements et surviennent en fonction de votre vitesse de lecture ou de la manière dont vous tenez votre tablette ou votre smartphone; les seconds, quant à eux, dépendent de votre géolocalisation, de la météo, etc. Inutile donc de demander à votre entourage ce qu'il pense du roman, puisque vous n'aurez sans aucun doute pas lu le même ouvrage.

A ce jour, trois livres sont édités par Via Fabula: Guislain aventurier intérimaire de Laurent Pendarias, Chronique(s) d'abîme de Marc Jallier et L'Ile du bout du monde(s) de Vincent Leclerc. 
Chronique(s) d'abîme a, par exemple, "6 intrigues, 9 fins alternatives et 150 cheminements possibles". Dans le teaser disponible sur la page dédiée à l'ouvrage, deux lecteurs sont présentés: Mathilde, 23 ans, et Laurent, 30 ans. Ainsi, quand la première lira les mots 
"fiole de sang prélevée sur un cadavre à la morgue", 
le second découvrira, en lieu et place, les phrases suivantes 
"[...] cliché pris la veille à la morgue. Un œil étrange le fixait en retour". 
Si Chronique(s) d'abîme est destiné aux lecteurs adultes, L'Ile du bout du monde(s) s'adresse quant à lui aux enfants. Il est d'ailleurs possible de participer à l'enrichissement de l'ouvrage en faisant un don sur Ulule: Via Fabula veut en effet créer une version audio à destination des tout-petits et un jeu de cartes récompensant chaque chapitre lu.

Via Fabula est à la recherche de nouveaux auteurs alors à vos plumes !





jeudi 10 novembre 2016

Ouvertures des données : une nouvelle étape pour les collectivités territoriales

Le Rapport de l'association Open Data France (1) sur les dispositifs d'accompagnement des collectivités locales à l'ouverture des données publiques vient d'être publié le 17 octobre 2016.
 
Le rapport fait  suite à la Loi pour une République Numérique, fixant un cadre pour l'Open data (2) qui constitue un moyen d'accompagnement de la transformation numérique des acteurs publics. La généralisation de l’ouverture des données publiques dans les collectivités locales a été prévue à l’horizon 2018.

Le législateur a voulu encadrer  le développement de l’Open data  mais également  soutenir la démarche d'ouverture des données au regard des  enjeux : accès à l'information,  transparence des données et développement de l'innovation dans les territoires.

Près de 3800 communes ou EPCI sont concernés. Le nombre d'habitant minimum fixé pour la publication des données ouvertes est de 3500. Ce qui  représente un changement d'échelle important dans la mesure où ce sont l'Etat et les grandes collectivités territoriales  qui ont initié le mouvement Open data en France.
 
Afin de soutenir les  évolutions du fonctionnement des administrations dans un sens positif et les opportunités pour les acteurs des territoires,  un dispositif d'accompagnement des collectivités territoriales dans la démarche d'ouverture des données a été prévu dans la feuille de route du gouvernement..

Le rapport comprend 3 parties: 
- Diagnostic de l'Open data dans les collectivités locales
- Dispositifs de soutien à la mise en oeuvre de l'Open data
- Démarche d'animation et de mutualisation au niveau national

Ce qu'il faut retenir du rapport :

Une disparité géographique certaine : 
Les grandes villes sont les plus avancées dans le processus compte tenu de leur d’expérience dans le domaine. Elles   « ont souvent pris à leur charge au moins un axe des politiques numériques dans des domaines aussi diversifiés que l’aménagement, le développement économique, la formation, les services aux citoyens… » 

Ces collectivités possèdent une culture numérique bien ancrée et disposent des ressources humaines, financières et technologiques nécessaires. A l'inverse, les petites communes ont besoin de s'approprier un sujet éloigné de leur préoccupations, disposent de peu de ressources  et expriment un fort besoin d'accompagnement.

Un état des lieux complet de l’ouverture des données publiques dans les territoires :
D' après le communiqué du gouvernement « plus de 10 000 jeux de données ont déjà été mis en ligne par les collectivités locales pionnières, notamment grâce à la plateforme nationale data.gouv.fr ».
Ces données ont permis « la création de services innovants pour les usagers » tels que « l’optimisation des déplacements urbains pour les personnes handicapées moteur, ou le zonage précis des réglementations et des aides publiques pour faciliter la localisation des entreprises par exemple ».

 Cependant des limites au mouvement de l'Open data demeurent :
  • La réutilisation des données à des fins de création de nouveaux services reste insuffisante (Point 32) ;
  • Manque de normalisation des données publiées par chaque collectivité, ce qui représente un frein à la capacité de réutilisation (Point 33) ;
  • Absence d’un référentiel de données territoriales homogène, tout acteur public confondu (Point 34) ;
  • Trop grande différence entre les exigences légales de mise en place d’un dispositif d’Open data et l’affaiblissement des moyens des collectivités (Point 46).
 Plusieurs recommandations importantes pour répondre à ces défis figurent dans le communiqué du gouvernement (3) :
  • Soutenir l’effort des collectivités par une « dotation de données » de la part de l’ Etat : la création d’une interface de programmation (API) ouverte à l’ensemble des collectivités et permettant à chacune de générer automatiquement la version locale des données nationales déjà publiées en Open data.
  • Définir avec les collectivités locales un « socle commun de données », qui devront être ouvertes en priorité : budgets, résultats électoraux, plans locaux d’urbanisme (PLU), données de transports,etc.
  • Créer des outils pour les formations à l’Open data, qui seront mobilisés dans le cadre des structures de formation déjà utilisées par les agents et élus des collectivités.
  • Certifier les formateurs susceptibles d’intervenir dans les formations, via la création d’un « certificat Open data ».
  • Mettre en place ces dispositifs par le biais d’une expérimentation dans une dizaine de territoires pilotes, à différentes échelles : région, département, grandes métropoles, communes et intercommunalités de taille petite et moyenne.
  • Dispositifs de soutien à la mise en oeuvre de l'Open data.
  • Démarche d'animation et de mutualisation au niveau national

Sources:  
(1): Portail de l'Economie et des Finances. Rapport  sur les dispositifs d'accompagnement des collectivités locales à l'ouverture des données publiques [Consulté le 10/11/2016].
http://www.economie.gouv.fr/files/files/PDF/Rapport__dispositifs_accompagnement_collloc_V1.0.pdf 

(2): Portail de l'Economie et des Finances. Présentation de la Mission Open Data  [Consulté le 10/11/2016].

http://www.economie.gouv.fr/open-data-lancement-mission-pour-ouvrir-les-donnees-des-collectivites-locales
 
(3): Portail de l'Economie et des Finances. Communiqué de Presse d'Axelle Lemaire du 17 Octobre 2016: Le rapport sur l'ouverture des données dans les collectivités locales remis à Axelle LEMAIRE et Estelle GRELIER . [Consulté le 10/11/2016].
http://proxy-pubminefi.diffusion.finances.gouv.fr/pub/document/18/21572.pdf 





Co

Création d'un fichier monstre : Titres électroniques sécurisés (TES)

Paru très discrètement au JO du 28/10/2016(1) par décret, le gouvernement a autorisé la création d'un fichier TES contenant des données à caractère personnel, relatif aux passeports et cartes nationales d'identité (CNI) de 60 millions de français. Le lancement officiel est prévu dès janvier 2017.

TES n'est pas nouveau pour autant. Il rassemblait déjà les informations concernant la gestion des  passeports biométriques. Selon le Gouvernement, le fichier a pour but de simplifier les démarches administratives des  usagers mais aussi de fiabiliser les demandes d'identités et ainsi lutter contre la fraude documentaire. Qualifié par beaucoup de "fichier monstre"(2), il s'agit de la plus grosse base de données centralisée sur les Français.

Que contient-il ?
- état civil, couleur des yeux, image numérisée du visage, taille, empreinte digitale, adresse postale, filiation, image numérisée de la signature, adresses emails et coordonnées téléphoniques.
- ainsi que toutes données relatives à la procédure d'obtention du titre (CNI ou passeport) ou à toute mesure de restriction (numéros, pertes ou vols, copies des pièces justificatives associées, etc).
Ces éléments peuvent être conservés 15 ans (20 ans pour la CNI).

Qui peut consulter ces informations ? 
Les services centraux du ministère de l'Intérieur (pour les titres d'identités), les préfectures, la police judiciaire, les services de renseignements (police, gendarmerie) ont accès à ces informations selon leur niveau d'habilitation.

Malgré les garde-fous prévus dans le décret précisant qu'il ne sera pas possible de rechercher l’identité d’une personne à partir de son image ou de ses empreintes, des vives critiques ont été entendues, notamment à la CNIL, au CNNum et à l'AAF. Ces trois organismes émettent leurs inquiétudes concernant le respect de la vie privée et la protection des données personnelles.

Quels sont les enjeux (3)?
Le CNNum soulève 2 problèmes majeurs :

- la centralisation d'informations personnelles peut susciter la convoitise des hackers et met en avant la question de la sécurité et la protection des données personnelles. Un rassemblement de données  de cette ampleur nécessite la mise en place d'une protection élevée, question soulignée par le CNNum dans son communiqué de presse (4), qui réclame ainsi des garanties techniques à la hauteur de l'importance des informations contenues dans ce fichier. Des propositions alternatives ont été suggérées. La CNIL préconise l'installation d’une puce électronique sur ces documents, ce qui permet au détenteur la maîtrise des données. Le CNNum quand à lui propose l'utilisation d'architectures telles que le "privacy by design" (la protection de la vie privée dès la conception).

- quelle est la  finalité de ce fichier ? Il pourrait tendre à des dérives de contrôles et d'identifications de la population grâce aux outils de reconnaissances (faciales ou d'images) à des fins policières en période délicate, à la suite d'attentats par exemple. L'AAF souligne "la nécessité de solutions technologiques mais aussi de principes citoyens, éthiques et démocratiques"(5).

Malgré ces réactions, le Ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve refuse la suspension du décret demandée par le  CNNum(6).

Un appel à la contribution publique
Le 9 novembre 2016, le CNNum a ouvert une page publique de contribution:
https://tes.cnnumerique.fr/

Ouverte pour une durée de 10 jours, la synthèse des débats sera la base sur laquelle le CNNum s'appuiera pour publier un avis sur la question : « Pour faire avancer ce débat et construire des positions solides, nous avons besoin de l’ensemble de vos contributions, sous quelque forme que ce soit : analyses techniques, expertises juridiques, éléments de parangonnage, perspectives historiques ...».

La contribution est ouverte à tous!
 

Sources :

1 - Légifrance, Décret n° 2016-1460 du 28 octobre 2016

2 - "Fichier monstre" : le CNNum réclame la suspension du fichier TES, Archimag, Clémence Jost, 7/11/2016

3 -  Comprendre les enjeux autour du fichier TES, CNNum, 9/11/2016

4 -  Communiqué de presse, CNNum, 7/11/2016

5 - Communiqué de presse, le fichier des titres électroniques sécurisés est l'affaire de tous, Association des archivistes français, 9/11/2016



mardi 8 novembre 2016

Facebook à l'assaut de l'Inde


Les autorités de régulation des télécoms en Inde ont écarté en deux temps le service Free Basics déployé par Facebook. En premier lieu, elles l'ont contesté sur le non respect de la neutralité du web, en second lieu elles ont refusé que l'offre "Free Basics" soit déployée par un seul opérateur. Puis Facebook a quitté l'Inde.

Qu'est-ce que la neutralité du web
C'est un principe, selon Wikipédia, qui garantit l'égalité de tous les flux de données quel que soit le contenu véhiculé, sans discrimination.

Qu'est ce que l'offre Free Basics
Free Basics est, en Inde, une offre d'accès gratuite et limitée à Internet, proposé par Mark Zuckerberg au travers de l'opérateur local Reliance et doté du moteur de recherche Bing, à l'exclusion de Google. Cette offre a été présentée comme une démarche d'ordre humanitaire.

Où est le problème ?
L'information n'est pas neutre, même celle qui n'est pas reçue ; et le choix de la diffusion ou non  de tel ou tel contenu relève communément des prérogatives de l'Etat.
Dans ce cas de figure, l'Inde a reçu comme une gifle d'être considéré comme un pays pour lequel le respect du principe de neutralité du web n'a pas à être respecté alors qu'elle y est aussi attachée que les pays économiquement riches. Y aurait-il deux poids deux mesures ? Le F des Gafa considère quant à lui qu'une offre gratuite ne saurait être repoussée. Facebook s'accorde en échange le privilège de déterminer quel sera le périmètre des informations accessibles à la population de l'Inde et s'autorise à collecter les données qu'il pourra utiliser comme bon lui semble. C'est ce que dénonce une coalition d'universitaires indiens tandis que Mark Zuckerberg finance une campagne publicitaire et de relation presse pour encourager la population à jouer de son influence à son profit auprès de l'autorité de régulation des télécoms.

Mais qu'est-ce qui se joue là-dessous ?
Il semble que Facebook se montre étonnamment altruiste. Or l'information est avant tout un marché. Facebook se rapproche de ses limites dans son modèle actuel qui est celui de la quasi-gratuité financée par de la publicité ou la collecte de données. Pour gagner plus, il est nécessaire que toujours plus de gens utilisent ses services.
Or, l'Inde est un marché à prendre avec un réseau internet qui peine à se déployer pour des raisons de coût, qu'il s'agisse des infrastructures ou du coût des terminaux financièrement inaccessible à la majorité dans un pays en voie de développement.
C'est là une démarche de conquête de marché déguisé sous une maladresse à prétention humanitaire.


Sources :

Epron Benoît-archinfo24 du 05/11/2016
http://archinfo24.hypotheses.org/3285

Zuckerberg Mark-The Times Of India du 28/12/2016
http://blogs.timesofindia.indiatimes.com/toi-edit-page/free-basics-protects-net-neutrality/

Raman Bhaskaran-News18 du 28/12/2016
 http://www.news18.com/news/tech/iit-iisc-faculty-members-call-facebooks-free-basics-a-lethal-combination-highlight-major-flaws-1183131.html

Delsol Emmanuelle-Usine Digitale du 09/02/2016
 http://www.usine-digitale.fr/editorial/pourquoi-l-inde-refuse-les-free-basics-de-facebook.N371210

Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Neutralit%C3%A9_du_r%C3%A9seau




IIIF - l'interopérabilité pour la diffusion d’images haute résolution sur le Web



 logo IIIF

IIIF(1) est une communauté créée initialement autour de plusieurs bibliothèques nationales et universités anglo-saxonnes (Bibliothèque nationale de France, British Library, National Library of Norway, Cornell University, Oxford University) puis elle s'est développée au niveau européen puis américain.

Le constat étant l'existence de plusieurs bibliothèques numériques présentes sur le web permettant la consultation d'images et de représentations diverses (manuscrits, partitions), avec des formats et des interfaces très différentes.

Afin de favoriser l'échange, le travail sur images (une recherche exhaustive ou la comparaison de détails ...), l'idée est de rendre interopérable les différents entrepôts d'images (2)  grâce à des des API (Application Programming Interface) ou "web services" définies par la communauté IIIF(1).

La communauté IIIF(1) travaille sur l'évolution de 3 spécifications :

- l'API image : concernant la requête sur l'image et sur ses données techniques
Par une syntaxe d’URL standardisée cela permet de manipuler une image à distance, se trouvant sur un de ces entrepôts, au moyen de paramètres de région, de taille, de rotation, de qualité et de format.
L'API prédéfinie notamment la haute définition, la possibilité de faire un zoom fin...

- l'API Presentation : s'appuie à structurer l'interface de visualisation, un canevas de présentation des "images"

- l'API Content Search : détaille la méthode de recherche sur le texte associé au document visuel


La communauté IIIF(1) s’étoffe et se diversifie,l’extension aux contenus audio/vidéo est un des chantiers en cours.



Sources

(1)http://iiif.io/

(2)Gallica (BnF) : gallica.bnf.fr
(2)Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux (IRHT-CNRS) : bvmm.irht.cnrs.fr
(2)Bibliothèques virtuelles humanistes (CESR) : www.bvh.univ-tours.fr

Robineau, Régis. "Comprendre IIIF et l’interopérabilité des bibliothèques numériques" in Humanités numériques (publié le 8 novembre 2016, consulté le 8 novembre 2016)
http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2016/11/comprendre-iiif-interoperabilite-bibliotheques-numeriques/

"Images - IIIF"
http://doc.biblissima-condorcet.fr/iiif





jeudi 3 novembre 2016

"Internet Plus", quand le Big Data devient le Big Brother de l'Empire du Milieu

Le Big Data inspire le gouvernement chinois qui prévoit un "système de crédit social" pour ses 700 millions d'internautes à l'horizon 2020. Celui-ci s'inscrit dans le plan "Internet Plus" qui a pour objectif de construire "une culture de la sincérité et une société socialiste harmonieuse" (1) .

Dans les faits, il s'agit de collecter les données fournies par les smartphones, les médias sociaux, les plates-formes d’e-commerce, mais aussi les enregistrements des tribunaux, de la police, des banques, des impôts et des employeurs. Toutes ces précieuses informations sont destinées à être stockées dans un seul endroit pour ensuite permettre l'attribution d'une note aux entreprises et aux individus.

La notation prendra la forme d'un système de crédit qui aura pour fonction de récompenser les bons comportements et punir les déviances.
Ainsi, le non respect du code de la route, des propos estimés inappropriés sur les réseaux sociaux ou par exemple, pour les entreprises, la vente de nourriture empoisonnée aura une conséquence immédiate sur la notation.

Dans un pays enclin a de sérieuses difficultés de contrôle de son économie de marché, Pékin présente ce dispositif comme étant un moyen de lutte contre la fraude. Une entreprise peut ainsi se voir refuser l'émission d'obligations.
Quant aux individus, le panel des sanctions est très varié et un crédit faible peut occasionner l'interdiction d'envoyer son enfant dans les meilleures écoles, l'interdiction de voyager en première classe, où la possibilité d'accéder à certains emplois (2). Le gouvernement a diffusé en septembre dernier un document signifiant la liste des punitions prévues.

Ce système de crédit social est prévu pour 2020, mais d'ors et déjà le gouvernement a approuvé des projets pilotes opérés par huit entreprises (3) qui ont mis en place des bases de données compilant un vaste panel d'informations légales, financières et de pratiques en ligne.

En tête de file, Alibaba, le géant chinois de l'e-commerce, qui possède la plus grande plate-forme de commerce en ligne, a mis en place un projet pilote avec la société Sesame Credit. Dans ce cadre, des dizaines de millions d’utilisateurs ont eu l’opportunité de se voir attribuer, en raison de leur bonne notation, des privilèges tels que d'éviter de faire la queue à l'hôpital en payant avec leur smartphone après leur départ. Autre application du système de notation, 15% des utilisateurs du site de rencontre Baihe affiche leur score Sesame Credit afin d'attirer des partenaires potentiels.

Il est encore difficile d'évaluer si ce concept "Internet Plus" du gouvernement chinois parviendra a être généralisé.
Des voies se lèvent pour dénoncer ce Big Brother policier du XXIe siècle, comme celle de l'écrivain Murong Xuecun qui déclare : "La Chine évolue vers une société totalitaire, où le gouvernement contrôle et affecte la vie privée des individus".

Les risques sont grands quant aux perspectives d'actions des cybercriminels qui feraient de ce système de contrôle par les données un immense terrain de jeu et de profits. Des hackers pourraient être embauchés par des individus ou entreprises pour pirater le système de collecte des données et ainsi modifier la notation
(4).

Cette crainte est également soulevée par William Glass, analyste chez FireEye, une entreprise de cybersécurité : "Il y a un marché énorme pour ce genre de dispositif, et aussitôt que le système sera installé, cela incitera grandement les cybercriminels et certains acteurs soutenus par l'État à pénétrer à l'intérieur, soit pour voler des informations, soit les altérer."


Sources :

(1) La Chine va affecter à chacun de ses citoyens une note qui aura une incidence sur sa vie entière. Express Business [en ligne] https://fr.express.live/2016/10/27/chine-systeme-notation-credit-social/

(2) Le Big Data pour noter les citoyens... et sanctionner les déviants. La Tribune.[en ligne] http://www.latribune.fr/economie/international/chine-le-big-data-pour-noter-les-citoyens-et-sanctionner-les-deviants-610374.html

(3) How China plans to use Big Data to rate, reward, punish citizens. Daily Herald [en ligne] http://www.dailyherald.com/article/20161030/business/161039984/

(4) Internet Plus, la Chine veut noter tous ses citoyens grâce au Big Data. Le Big Data [en ligne] http://www.lebigdata.fr/internet-plus-chine-2610